Dans Quel Ordre Lire les Livres de Charles Dickens ? Guide Complet 2025
Charles Dickens est le plus grand romancier de l’ère victorienne et l’un des écrivains les plus célèbres de la littérature mondiale. Créateur de Oliver Twist, David Copperfield et Les Grandes Espérances, il a façonné notre imaginaire sur le XIXe siècle londonien avec ses portraits de la misère, de l’injustice sociale et de la rédemption. Si vous souhaitez explorer son œuvre immense, ce guide vous accompagnera pas à pas.
Présentation de l’auteur et de son univers
L’œuvre de Charles Dickens se déroule presque exclusivement dans le Londres victorien — une ville de contrastes violents entre opulence et misère. Son style est caractérisé par des descriptions saisissantes, des personnages mémorables (souvent caricaturaux mais profondément humains), et une critique sociale acerbe. Il excelle dans l’art du roman feuilleton, avec des intrigues savamment construites pour captiver le lecteur.
Ce qui distingue Dickens : sa capacité à mêler humour et gravité, son engagement contre la pauvreté et les injustices sociales, et sa création de scènes iconiques (la rencontre d’Oliver avec Fagin, le procès de Miss Havisham, la traversée de la Manche…). Ses romans sont à la fois des divertissements populaires et des œuvres littéraires majeures.
Dickens a écrit 15 romans majeurs, de nombreuses nouvelles et récits de Noël. Ses livres ont été traduits dans toutes les langues et continuent de se vendre par millions. Il est considéré comme le « Shakespeare du roman » par de nombreux critiques.
L’ordre de lecture recommandé
Dickens a une œuvre considérable. Nous proposons plusieurs approches selon vos objectifs : point d’entrée accessible, ordre chronologique pour suivre son évolution, ou grands classiques pour les plus ambitieux.
Point d’entrée — Pour commencer Dickens
1. Un Conte de Noël (A Christmas Carol) – 1843
Le point de départ idéal. Court (environ 100 pages), accessible, et absolument parfait. Ebenezer Scrooge, avare misanthrope, est visité par trois fantômes qui lui font revivre son passé, observer son présent et découvrir son avenir. Le récit fondateur de la mythologie de Noël moderne avec Tiny Tim et « Dieu nous bénisse, chacun ! » Introduction parfaite au style de Dickens sans l’investissement d’un roman complet.
2. Les Grandes Espérances (Great Expectations) – 1860-1861
Son chef-d’œuvre le plus accessible. L’histoire de Pip, orphelin élevé par sa sœur tyrannique, qui rêve de devenir gentleman grâce à un mystérieux bienfaiteur. Entre Miss Havisham figée dans le temps et le convict Magwitch, c’est un roman d’apprentissage magnifique sur les illusions sociales et la vraie noblesse. Plus court et plus tendu que ses premiers romans.
3. Oliver Twist – 1837-1839
Le plus célèbre. L’orphelin Oliver qui ose demander « S’il vous plaît, monsieur, je voudrais encore un peu de soupe » et découvre les bas-fonds londoniens avec Fagin, le pickpocket Artful Dodger, et le terrifiant Bill Sikes. Un classique universel de la littérature enfantine, même si les thèmes sont sombres.
Ordre Chronologique de Publication
4. Les Papiers posthumes du Pickwick Club (The Pickwick Papers) – 1836-1837
Premier roman, ton comique. Samuel Pickwick et ses amis parcourent l’Angleterre dans des aventures loufoques. Très long et dispersé, mais révolutionnaire à l’époque. Pour les puristes ou les fans accomplis — pas recommandé comme premier Dickens.
5. Oliver Twist – 1837-1839
Déjà présenté ci-dessus.
6. Nicolas Nickleby (Nicholas Nickleby) – 1838-1839
L’école de la cruauté. Nicholas défend sa sœur et sa mère contre l’odieux oncle Ralph. Contient la célèbre dénonciation des écoles de Yorkshire (Dotheboys Hall) avec le sadique M. Squeers. Un jeune homme plein de fougue contre l’injustice.
7. Le Vieux Curiosity Shop (The Old Curiosity Shop) – 1840-1841
Le roman le plus mélodramatique. Little Nell et son grand-père fuient le detteur Daniel Quilp. La mort de Nell a fait pleurer toute l’Angleterre victorienne (et Oscar Wilde qui détestait ça). Pour les amateurs de pathos.
8. Barnaby Rudge – 1841
Roman historique sur les Gordon Riots de 1780. Moins connu, plus sombre. Pour les amateurs de Dickens historique.
9. Martin Chuzzlewit – 1843-1844
Le moins apprécié. Martin voyage en Amérique (satire des États-Unis) et affronte son hypocrite majordome Pecksniff. Contient le personnage génial de Mrs Gamp, l’ivrognasse nurse.
10. Un Conte de Noël – 1843
Déjà présenté.
11. Dombey et Fils (Dombey and Son) – 1846-1848
Le commerce et la famille. Paul Dombey, négociant obsédé par sa lignée masculine, néglige sa fille Florence. Un tournant vers une criture plus mûre et tragique. Le petit Paul Dombey est un des enfants les plus déchirants de Dickens.
12. David Copperfield – 1849-1850
Le préféré de Dickens lui-même. Roman d’apprentissage semi-autobiographique. David, de l’enfance maltraitée à la reconnaissance en écrivain. Personnages inoubliables : M. Micawber, Uriah Heep, Betsy Trotwood, Peggotty. Un des sommets absolus, mais très long (800+ pages).
13. La Maison d’Âpre-Vent (Bleak House) – 1852-1853
Le roman de la complexité. Le procès interminable Jarndyce vs Jarndyce qui détruit des familles. Double narration (Esther Summerson au présent, narrateur omniscient). Considéré comme son chef-d’œuvre par la critique moderne, mais exigeant. Inspector Bucket, le premier détective de la fiction.
14. Les Temps difficiles (Hard Times) – 1854
Le plus court et le plus politique. Dans la ville industrielle de Coketown, la logique utilitaire de M. Gradgrind s’effondre. Dénonciation du capitalisme industriel et de l’étouffement de l’imagination.
15. La Petite Dorrit (Little Dorrit) – 1855-1857
La prison de Marshalsea. Amy Dorrit, née en prison pour dettes de son père, tombe amoureuse d’Arthur Clennam. Critique mordante de la bureaucratie (le Circumlocution Office). Plus sombre, plus mature.
16. Un Conte de deux cités (A Tale of Two Cities) – 1859
Le plus vendu. « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps… » Londres et Paris pendant la Révolution française. Dr Manette, Sydney Carton, Madame Defarge. Le sacrifice final de Carton est l’une des plus belles scènes de la littérature. Parfait pour découvrir Dickens historique.
17. Les Grandes Espérances – 1860-1861
Déjà présenté.
18. Notre Ami commun (Our Mutual Friend) – 1864-1865
Le dernier roman complet. Un héritage mystérieux, des cadavres dans la Tamise, la société londonienne et ses parasites. John Harmon et Bella Wilfer. Très sombre, très complexe — considéré comme un second sommet après Bleak House.
19. Le Mystère d’Edwin Drood (The Mystery of Edwin Drood) – 1870
Inachevé. Un mystère de meurtre dans la cathédrale de Cloisterham. Dickens mourut en l’écrivant — on ne sait jamais qui est le coupable. Pour les amateurs de curiosités littéraires.
Contes et Nouvelles de Noël
Les Contes de Noël (Christmas Books) – 1843-1848
Outre Un Conte de Noël (Scrooge), Dickens a écrit quatre autres récits de Noël :
- Les Cloches (The Chimes) – 1844
- Le Grillon de la cheminée (The Cricket on the Hearth) – 1845
- La Bataille de la Vie (The Battle of Life) – 1846
- L’Homme bouleversé (The Haunted Man) – 1848
À lire pendant la période de Noël pour les fans.
Conseils de lecture stratégiques
- Premier Dickens : Commencez par Un Conte de Noël (court) ou Les Grandes Espérances (accessible). Oliver Twist est aussi un excellent choix.
- Le plus grand : David Copperfield est considéré comme son chef-d’œuvre par Dickens lui-même — mais c’est long.
- Le plus accessible : Un Conte de deux cités pour le rythme et l’histoire.
- Le plus complexe : Bleak House et Notre Ami commun demandent de l’expérience.
- À éviter en premier : Pickwick Papers (trop long et dispersé) et Martin Chuzzlewit (moins réussi).
- Public visé : Adolescents et adultes. Les romans sont longs (400-900 pages), mais se lisent bien en feuilletons.
- Traductions : Privilégiez les traductions récentes (Folio Classique, Poche, ou Intégrale Pléiade pour les puristes).
FAQ : Tout Savoir sur la Lecture de Charles Dickens
Faut-il lire Dickens dans l’ordre chronologique ?
Non, chaque roman est indépendant. L’ordre chronologique permet de suivre l’évolution de son style (du comique au tragique), mais n’est pas nécessaire. Commencez par les recommandés pour débutants.
Quel est le meilleur livre de Charles Dickens ?
Les critiques sont partagés : Bleak House pour la complexité narrative, David Copperfield pour la profondeur humaine (et c’était le préféré de Dickens), Les Grandes Espérances pour la perfection de la construction.
Les livres de Dickens sont-ils difficiles à lire ?
Ils sont longs et écrits dans un anglais victorien parfois complexe. Les traductions françaises modernes les rendent accessibles. Le style est extrêmement lisible une fois qu’on y entre — Dickens était un maître du suspense.
Pourquoi Dickens est-il si important ?
Il a révolutionné le roman en popularisant le feuilleton, a changé les lois sociales (réformes des écoles, prisons, travail des enfants grâce à ses dénonciations), et a créé des personnages universels qui dépassent leur époque.
Quels sont les thèmes récurrents ?
La pauvreté et l’injustice sociale, l’enfance martyrisée, la redemption morale, la famille dysfonctionnelle, la critique des institutions (écoles, lois, bureaucratie), et la ville de Londres comme personnage à part entière.
Ses livres sont-ils adaptés ?
Innombrables adaptations : films (David Lean pour Great Expectations et Oliver Twist), séries TV (Bleak House BBC 2005 est magnifique), musicals (Oliver!), et même Mr. Magoo dans son adaptation de Noël.
Biographie de Charles Dickens : Le Chroniqueur de Londres
Charles John Huffam Dickens est né le 7 février 1812 à Portsmouth, Angleterre. Second de huit enfants, il connaît une enfance heureuse jusqu’à ce que son père, fonctionnaire aux revenus irréguliers, soit emprisonné pour dettes en 1824.
À 12 ans, Charles est retiré de l’école et envoyé travailler dans une fabrique de cirage à chaussures (Warren’s Blacking Warehouse) pour payer les dettes familiales. Cette expérience traumatisante — enfant seul, pauvre, humilié — marquera toute son œuvre et son engagement pour les enfants du peuple.
Après la libération de son père, il reprend ses études puis devient journaliste, couvrant les débats parlementaires. En 1833, il commence à publier des esquisses de la vie londonienne sous le pseudonyme de « Boz ». Le succès est immédiat.
En 1836, les Papiers posthumes du Pickwick Club commencent à paraître en feuilleton. Dickens, alors âgé de 24 ans, devient l’écrivain le plus célèbre d’Angleterre. Il enchaîne les romans à un rythme frénétique.
En 1843, il écrit Un Conte de Noël pour payer ses dettes (ironie familiale). Le livre se vend à 6 000 exemplaires en quelques jours et transforme la célébration de Noël en Angleterre.
Dickens voyage beaucoup, notamment en Amérique (1842 et 1867-68), où il est accueilli comme une star. Il fonde des maisons d’édition, des journaux, et mène une vie sociale intense. Cependant, son mariage avec Catherine Hogarth se dégrade ; ils se séparent en 1858 après 22 ans et dix enfants — un scandale dans l’Angleterre victorienne.
En 1858, il commence une tournée de lectures publiques où il interprète ses personnages. Ces spectacles sont triomphaux mais épuisent sa santé. Il meurt d’un accident vasculaire cérébral le 9 juin 1870, à 58 ans, laissant inachevé Le Mystère d’Edwin Drood. Il est enterré dans l’abbaye de Westminster.
Aujourd’hui, Charles Dickens reste l’un des écrivains les plus lus au monde. Ses livres n’ont jamais cessé d’être imprimés. Il a créé plus de 2000 personnages, transformé la conscience sociale de son époque, et élevé le roman populaire au rang d’art majeur. Comme l’écrivait Chesterton : « Dickens n’a pas écrit sur ce qu’il appelait « les classes pauvres » ; il a écrit sur ce qu’il appelait « les gens ». »
