Introduction
Jakuta Alikavazovic est une romancière française d’une rare intensité littéraire. Née à Paris en 1979 de parents bosniaque et monténégrin, elle a su tisser dans ses œuvres une prose hypnotique où l’intime rencontre l’Histoire, où le corps dialogue avec l’architecture, où le souvenir devient matière romanesque. Normalienne, agrégée d’anglais, traductrice de Toni Morrison et David Foster Wallace, elle incarne cette génération d’écrivains qui pensent la littérature comme un art total — entre expérimentation formelle et émotion brute.
Présentation de l’auteure et de son univers
Le parcours de Jakuta Alikavazovic est celui d’une intellectuelle passionnée par les arts sous toutes leurs formes. Diplômée de l’École normale supérieure et titulaire de l’agrégation d’anglais, elle a enseigné à l’ENS, à la Sorbonne Nouvelle et à la Sorbonne avant de se consacrer entièrement à l’écriture.
Son univers se caractérise par :
- Une prose sensorielle et visuelle, héritière du cinéma noir et blanc des années 40-50
- Une obsession pour l’architecture comme mémoire des lieux et des corps
- L’exploration des traumatismes familiaux et historiques, particulièrement liés aux Balkans
- Une écriture du corps, de la chute, de la pesanteur et de sa transcendence
- Des narratrices en quête d’identité, entre héritages multiples et ancrage français
- Une réflexion sur le temps, les ruines, et ce qui persiste malgré l’effacement
Ses romans, publiés chez L’Olivier puis chez Stock, ont été récompensés par les plus prestigieux prix littéraires français. Elle est également traductrice, chroniqueuse pour Libération, et a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome en 2013-2014.
L’ordre de lecture recommandé
Point d’entrée — Commencer par l’essentiel
Pour découvrir l’univers de Jakuta Alikavazovic, nous recommandons ces trois œuvres qui illustrent parfaitement l’évolution et la diversité de son talent :
1. Corps volatils (2007)
Son premier roman, couronné par le Prix Goncourt du Premier Roman 2008. Deux sœurs jumelles, une falaise, une chute. Alikavazovic y déploie déjà toute l’ampleur de son écriture : obsession du corps, recherche de l’indicible, beauté froide et déchirante. Parfait pour : découvrir sa prose unique et sa capacité à faire de l’intime une épopée intérieure.
2. L’avancée de la nuit (2017)
Peut-être son chef-d’œuvre. Une jeune femme hérite d’un appartement à Belgrade et découvre les fantômes familiaux. Le roman explore la mémoire des lieux, la guerre yougoslave, les silences transmis de génération en génération. Finaliste du Prix Médicis, du Prix Femina et du Prix littéraire du Monde. Parfait pour : comprendre comment elle articule histoire personnelle et Histoire collective.
3. Comme un ciel en nous (2021)
Son essai autobiographique, lauréat du Prix Médicis Essai 2021. Une nuit passée au Louvre avec son fils de neuf mois en 2020, entre réflexion sur l’art, la maternité, le vol du Mona Lisa imaginé par son père. Parfait pour : apprécier sa pensée sur l’art, la transmission et les espaces culturels comme mémoire vivante.
Ordre Chronologique de Publication
Pour suivre l’évolution de Jakuta Alikavazovic, voici ses principales œuvres par ordre de parution :
1. Histoires contre nature (2006)
Premier recueil de nouvelles, qui impose d’emblée son style : corps déconstruits, architectures hostiles, écriture ciselée et glaciale. Bourse du Talent écrivain de la Fondation Jean-Luc Lagardère 2007.
2. Corps volatils (2007)
Premier roman. Deux jumelles, l’une entraîne l’autre dans une chute depuis une falaise. Prix Goncourt du Premier Roman 2008. Un livre sur la rivalité fraternelle, la persistance du trauma, et cette légèreté ironique qui traverse toute son œuvre.
3. Le Londres-Louxor (2010)
Second roman. Une narratrice à Londres, obsédée par un cinéma parisien abandonné, et par un homme fantôme. Sélectionné pour le Prix du Livre Inter. Alikavazovic y creuse son thème fétiche : les lieux comme mémoire incarnée.
4. La Blonde et le Bunker (2012)
Troisième roman. Une jeune femme travaille dans un abri antiatomique transformé en musée à Berlin. Prix Wepler – Mention Spéciale du Jury. L’Allemagne, l’après-guerre, les fantômes de l’Histoire dans un écrin architectural.
5. L’avancée de la nuit (2017)
Quatrième roman. Une héritière parisienne découvre un appartement familial à Belgrade et les secrets de la guerre des Balkans. Prix du Zorba, Prix Castel du Roman de la Nuit. Son œuvre la plus ambitieuse sur la mémoire traumatique.
6. Comme un ciel en nous (2021)
Essai. Une nuit au Louvre pendant la pandémie, réflexion sur l’art, la maternité, le vol du Mona Lisa. Prix Médicis Essai 2021. Le livre d’une maturité, où sa pensée sur les musées et la création atteint sa pleine densité.
7. Faites un vœu (2022)
Recueil de chroniques parues dans Libération. Des textes plus courts, plus directs, où son humour et son regard acéré sur le contemporain s’expriment avec une liberté nouvelle.
8. Prochain roman (2025)
Un nouveau roman est annoncé pour septembre 2025 aux éditions Gallimard, marquant une nouvelle étape dans sa carrière après L’Olivier et Stock.
Œuvres pour la jeunesse
Jakuta Alikavazovic a également publié trois livres pour enfants chez L’École des loisirs :
- Holmes et moi (2004)
- Leçon d’équilibrisme n°1 (2004)
- Irina vs Irina (2012)
Ces ouvrages, bien que destinés aux jeunes lecteurs, portent déjà les thèmes chers à l’auteure : la dualité, la recherche d’équilibre, les identités multiples.
Conseils de lecture stratégiques
Si vous préférez les romans d’intensité littéraire
Commencez par Corps volatils puis L’avancée de la nuit. Ces deux romans représentent l’acmé de son art : prose hypnotique, structure audacieuse, émotion contenue et déflagrante.
Si vous êtes intéressés par la mémoire historique
L’avancée de la nuit (ex-Yougoslavie) et La Blonde et le Bunker (Allemagne de l’Est) explorent comment l’Histoire s’incruste dans les corps et les architectures. À lire avec attention pour saisir sa vision de la mémoire collective.
Si vous aimez les réflexions sur l’art et les musées
Comme un ciel en nous est incontournable. Ce livre sur une nuit au Louvre est aussi une méditation sur la création, la maternité, et ces lieux qui nous habitent autant que nous les habitons.
Si vous cherchez une entrée plus accessible
Le Londres-Louxor, avec son intrigue autour d’un cinéma abandonné, offre une entrée en douceur dans son univers tout en conservant sa qualité d’écriture.
FAQ : Tout Savoir sur la Lecture de Jakuta Alikavazovic
Faut-il lire Jakuta Alikavazovic dans l’ordre chronologique ?
Non, chaque roman est indépendant. Cependant, suivre l’ordre de publication permet d’apprécier l’évolution de son écriture : de la concentration extrême de Corps volatils à l’ampleur historique de L’avancée de la nuit, puis à l’ouverture essayiste de Comme un ciel en nous.
Quel est le meilleur livre de Jakuta Alikavazovic ?
L’avancée de la nuit (2017) est considéré comme son œuvre la plus aboutie, récompensée par le Prix du Zorba et le Prix Castel du Roman de la Nuit, et finaliste des plus grands prix littéraires français (Médicis, Femina, Prix du Monde). C’est le livre où elle réussit le mieux l’articulation entre l’intime et l’Histoire, entre la mémoire familiale et la mémoire des Balkans.
Jakuta Alikavazovic est-elle d’origine bosniaque ?
Oui, Jakuta Alikavazovic est née à Paris en 1979 d’un père monténégrin et d’une mère bosniaque. Ses parents se sont installés en France au début des années 1970. Elle a grandi bilingue avec des liens étroits avec sa famille des Balkans. Cette double culture traverse toute son œuvre, notamment L’avancée de la nuit qui explore la guerre de Yougoslavie et ses séquelles transgénérationnelles.
Quels sont les thèmes récurrents dans l’œuvre de Jakuta Alikavazovic ?
Plusieurs thèmes structurent son écriture :
- L’architecture comme mémoire : bunkers, cinémas abandonnés, musées, appartements hantés — les lieux sont des personnages à part entière
- Le corps et sa chute : la pesanteur, les blessures, les corps en souffrance et leur résilience
- L’Histoire des Balkans : la guerre de Yougoslavie, l’exil, les transmissions familiales du trauma
- Le cinéma noir et blanc : esthétique visuelle, atmosphères oniriques et inquiétantes
- La dualité : jumelles, doubles, identités partagées ou fracturées
- Les musées et l’art : espaces de conservation, de mémoire, de transformation du regard
Que lire après Jakuta Alikavazovic ?
Si vous avez aimé son écriture, tournez-vous vers :
- Maylis de Kerangal pour une prose également sensorielle et intense
- Mathias Énard pour l’exploration des Balkans et de leurs histoires
- Lydie Salvayre pour l’articulation entre récit familial et Histoire
- Chloé Delaume pour l’expérimentation formelle au service de l’intime
- Laurence Tardieu pour des romans de femmes à la construction audacieuse
Jakuta Alikavazovic écrit-elle aussi des essais ?
Oui, bien qu’elle soit surtout connue pour ses romans, Jakuta Alikavazovic a publié plusieurs essais et recueils de chroniques. Comme un ciel en nous (2021), lauréat du Prix Médicis Essai, est une réflexion sur l’art, la maternité et les musées. Faites un vœu (2022) rassemble ses chroniques du Libération. Elle est également traductrice d’anglais, ayant notamment traduit Toni Morrison et David Foster Wallace en français.
Biographie de Jakuta Alikavazovic : L’Architecture comme Mémoire
Née le 6 octobre 1979 à Paris, Jakuta Alikavazovic est l’enfant d’une histoire familiale marquée par les bouleversements du XXe siècle. Son père, Monténégrin, et sa mère, Bosniaque, se sont installés en France au début des années 1970, fuyant les tensions de l’ex-Yougoslavie. Élevée dans le bilinguisme et l’entre-deux cultures, elle développe très tôt une sensibilité aux questions d’identité, d’appartenance et de mémoire.
Son parcours académique est prestigieux : admise à l’École normale supérieure de Cachan, elle obtient l’agrégation d’anglais et enseigne à l’ENS, à la Sorbonne Nouvelle et à la Sorbonne. Parallèlement, elle traduit des auteurs majeurs de la littérature américaine : Toni Morrison, David Foster Wallace, Anna Burns.
En 2006, elle publie son premier recueil de nouvelles, Histoires contre nature, aux éditions de L’Olivier. L’année suivante, Corps volatils remporte le Prix Goncourt du Premier Roman 2008, affirmant d’emblée son talent pour une prose intense et visionnaire.
Ses romans suivants explorent les territoires de l’entre-deux : Le Londres-Louxor (2010) entre Paris et Londres, La Blonde et le Bunker (2012) dans l’Allemagne de l’Est, L’avancée de la nuit (2017) dans les Balkans de son enfance. En 2013-2014, elle est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, où elle travaille sur ce qu’elle appelle un « hôpital des livres ».
Comme un ciel en nous (2021), récit d’une nuit passée au Louvre, reçoit le Prix Médicis Essai. Chroniqueuse pour Libération, elle y déploie un regard acéré et humoristique sur le contemporain. Depuis l’automne 2024, elle occupe la chaire d’écriture créative de Sciences Po.
Son écriture est unique : une prose ciselée, visuelle, cinématographique, où l’architecture devient personnage et où le corps est le lieu de toutes les mémoires. Jakuta Alikavazovic écrit comme on filme en noir et blanc — avec cette densité d’ombre et de lumière qui fait ressortir les contours du réel.
